La fin de l'aide liée : un succès important

Le gouvernement canadien vient tout juste d'annoncer que l'aide au développement sera complètement déliée. Il s'agit d'une étape d'une énorme importance. Sans augmenter les dépenses associées au développement d'un sous, le Canada vient d'ajouter approximativement 90 à 180 millions de dollars à notre contribution, simplement en éliminant les inefficacités de l'aide liée.

En janvier 2008, des centaines de membres d'ISF ont bombardé le Métro de Montréal pour demander aux citoyens d'exiger un ARRÊT à l'aide liée. Ils furent 3000 à signer une pétition au gouvernement fédéral et à couper symboliquement les ficelles qui, au Canada, lient l'aide publique au développement à des sources canadiennes.
En janvier 2008, des centaines de membres d'ISF ont bombardé le Métro de Montréal pour demander aux citoyens d'exiger un ARRÊT à l'aide liée. Ils furent 3000 à signer une pétition au gouvernement fédéral et à couper symboliquement les ficelles qui, au Canada, lient l'aide publique au développement à des sources canadiennes.

Il y a de cela un an, un ami du Malawi m'a passé une remarque: « D'où penses-tu que ce camion provient? ». Ensemble, nous passions des champs et des champs de maïs doré et mature dans le nouveau camion Toyota qui avait été acheté pour son projet. J'étais chanceux d'être arrivé au Malawi juste avant une excellente récolte et le moral était bon. J'ai découvert que de m'informer auprès de n'importe qui au Malawi au sujet de la qualité de la récolte de maïs était équivalent à demander aux Canadiens à quel sport Wayne Gretzky jouait. Tout le monde le savait.

Mon ami est un Malawien hautement éduqué qui a dédié une grande partie de sa vie à changer son pays. Il a grandi dans un village et croyait fermement que s'il voulait que ses projets aient un impact, il devait écouter les agriculteurs en milieu rural pour comprendre leurs défis et leurs opportunités du moment. Il faisait bon usage du camion qui lui permettait de se rendre aux agriculteurs.

Je ne savais pas d'où venait le camion, alors il m'avait aidé. « Europe du Nord! », me dit-il.

J'étais déçu. Je savais que l'Afrique du Sud, à seulement 1 000 km de là, manufacture des véhicules et que le camion aurait pu être acheté là plutôt qu'en Europe du Nord, qui se trouve à 15 000 km de transport de là par bateau. Je me suis consolé avec l'idée qu'ils avaient peut-être besoin d'un véhicule Toyota fiable et de haute qualité qui ne se faisait probablement pas en Afrique du Sud.

Des membres de la section ISF de l'Université de l'Alberta ont rencontré leur député Rahim Jaffer en 2006. Avec des centaines de cartes postales signées par des électeurs de sa circonscription, ils lui ont demandé de délier l'aide au développement. Des douzaines de députés à travers le pays se sont faits sensibiliser à l'importance de délier l'aide au développement.
Des membres de la section ISF de l'Université de l'Alberta ont rencontré leur député Rahim Jaffer en 2006. Avec des centaines de cartes postales signées par des électeurs de sa circonscription, ils lui ont demandé de délier l'aide au développement. Des douzaines de députés à travers le pays se sont faits sensibiliser à l'importance de délier l'aide au développement.

Tandis que nous roulions vers notre destination, je regardais les hommes et les femmes dans les champs qui arrachaient de larges épis de leurs plants de maïs, et une question me vint à l'esprit. Je lui ai demandé : « Où le camion a-t-il été manufacturé? ». Un triste sourire lui vint au visage.

« Afrique du Sud », répondit-t-il.

J'étais incrédule. Ce camion avait été envoyé d'Afrique du Sud vers l'Europe du Nord à 15 000 km de là, avait probablement été acheté par un gouvernement européen chez un concessionnaire, et ensuite renvoyé immédiatement ici, un autre 15 000 km plus loin. Il s'agissait de rien de moins qu'un gaspillage total. Et mon ami était ici, entouré d'opportunités d'aider des agriculteurs à s'assurer une bonne récolte à chaque année, tandis que des sommes importantes étaient plutôt dépensées sur des frais de transport.

Ce qu'on appelle l'aide liée

Certains gouvernements donateurs exigent que les fonds des projets qu'ils supportent soient dépensés sur des biens et services de leur propre pays. Le Canada en est grandement coupable, liant jusqu'à maintenant un tiers de son aide au développement, correspondant à plus de 1 milliard de dollars.

Cette histoire a vraiment clarifié la problématique pour moi. Intellectuellement, je me souviens avoir été en désaccord avec l'aide liée lorsque je faisais de la sensibilisation à son sujet pendant des années au Canada. Je me souviens d'avoir mis les pieds dans une salle de réunion avec mon député, Rahim Jaffer, à Edmonton en 2006. Il était surpris d'y trouver une table sur laquelle étaient empilées des centaines de cartes postales signées par les électeurs de sa circonscription, lui demandant de délier l'aide au développement.

Mais ma réaction à l'histoire de mon ami au sujet de l'aide liée était un peu moins intellectuelle. J'avais honte. Je me disais : « Le Canada gaspille de l'argent comme ça!? ».

Avec les récentes nouvelles, je n'ai plus à avoir honte de l'aide liée, et j'ai plusieurs membres d'ISF à remercier pour cela. Les membres d'ISF travaillent depuis plus de quatre ans pour arrêter l'aide liée. Voici quelques-uns des points culminants :

La deuxième « Journée ISF » annuelle a permis à des centaines de bénévoles d'aborder le sujet de l'aide liée avec un grand nombre de Canadiens. En une seule journée, nous avons sensibilisé plus de 100 000 Canadiens et nous les avons encouragés à contacter leur député au sujet du déliement de l'aide.
La deuxième « Journée ISF » annuelle a permis à des centaines de bénévoles d'aborder le sujet de l'aide liée avec un grand nombre de Canadiens. En une seule journée, nous avons sensibilisé plus de 100 000 Canadiens et nous les avons encouragés à contacter leur député au sujet du déliement de l'aide.

- Nous nous sommes assurés que notre gouvernement était au courant de l'aide liée, et lorsqu'il y avait une opportunité, nous ne perdions pas de temps. Lorsque Eileen Carroll est devenue ministre de la Coopération internationale en 2004, nous l'avons immédiatement invitée à venir présenter à notre congrès national. C'était son premier discours depuis qu'elle était devenue ministre, et la première question qu'elle a eu de la part de son audience, remplie de membres d'ISF, était: « Pourquoi le Canada n'a-t-il pas délié son aide au développement? ».

- Pendant les années 2005 et 2006, les sections d'ISF à travers le pays ont fait la promotion du déliement de l'aide au développement à des milliers de Canadiens et de ministres grâce à la campagne de sensibilisation « Fais ta part » d'ISF .

- Entre 2005 et 2007, George Roter et Parker Mitchell, co-présidents d'ISF, ont rencontré Paul Martin pendant qu'il était Premier ministre du Canada, Robert Greenhill pendant qu'il était président de l'Agence canadienne de développement international (ACDI), et, du gouvernement actuel, le ministre des Finances Jim Flaherty et la ministre de la Coopération internationale Bev Oda. À chaque fois, nous les confrontions avec la même question : « Pourquoi le Canada n'a-t-il pas délié son aide au développement? ».

Au sixième congrès national d'ISF, le déliement de l'aide au développement était au premier plan lors d'une activité de sensibilisation de grande envergure dans les rues de Calgary.
Au sixième congrès national d'ISF, le déliement de l'aide au développement était au premier plan lors d'une activité de sensibilisation de grande envergure dans les rues de Calgary.

- À Montréal, en janvier 2008, des centaines de bénévoles d'ISF ont abordé les gens dans les rues de la ville afin de discuter au sujet de l'aide liée. Plus de 3 000 personnes ont signé des petits panneaux d'arrêt en carton sur lesquels il était inscrit « Arrêtons l'aide liée ». Ceux-ci furent envoyés directement à chaque député du Parlement à travers le Canada. Un mois plus tard, l'aide alimentaire du Canada était déliée!

Et maintenant, nous voilà en septembre 2008. Le gouvernement a annoncé que d'ici l'an 2012-2013, il déliera non seulement l'aide alimentaire, mais toute l'aide au développement. Cela permettra aux bénéficiaires de l'aide canadienne d'acheter des produits et des services (comme la construction d'infrastructures) provenant d'où ils veulent et au meilleur prix. Les experts de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont estimé que l'aide liée s'avère approximativement 15 à 30% moins efficace que l'aide non-liée.

Cette mesure importante permettra aux dollars de l'aide canadienne d'aller plus loin.

Merci à tous nos bénévoles et donateurs d'avoir aidé à réaliser ce changement.

~ Danny Howard, Directeur à la sensibilisation et à la défense des intérêts